Le frère de mon mari est mort... Mon beau-frère, Jean. Un brave type ; n'a pas eu beaucoup ni de chance, ni de bonheur dans la vie. 70 ans seulement et beaucoup de souffrances physiques vers la fin.
Bon. Je suis allée à la "crémation" de ce corps sans vie, j'ai participé à cette demi-journée d'un protocole funéraire lourd et pesant, qui se termine par le saupoudrage solennel des cendres sur une pelouse détrempée par les dernières pluies.
Que c'est moche, tout ça... Son fils (qui a mon âge), qui pleurait. Puis ma belle-mère (la pauvre), 96 ans, restée chez elle faute de pouvoir se déplacer normalement, les yeux rougis, le mouchoir sur le nez.
Moi, personnellement, je n'avais que peu de contacts avec lui (plutôt casanier, le garçon, et la maladie n'a pas arrangé le problème). Donc c'était surtout la peine de ses très proches qui me touchait.
Au sortir de cette seconde expérience d'incinération, je me suis jurée deux choses :
1. je ne veux pas que l'on me crame une fois mes jours sur terre écoulés ; je veux que l'on m'installe confortablement six pieds sous terre, dans un joli petit cimetière, où je pourrai papoter tranquille avec les voisins pendant l'éternité ;
2. je ne veux pas que mes funérailles soient tristes... Je vais me trouver un entrepreneur de pompes funèbres qui fait dans le marrant : cercueil bleu ou rose, avec plein de dessins de fleurs et de rayons de soleil, affichant sur le devant une bouche souriante. Il y aura plein de musique rock et joyeuse. Et je demanderai que soit donné à tous ceux qui seront là un petit livret rempli de citations de Coluche, Devos, Bedos, etc. Il y aura à manger et à boire pour tout le monde !
Bon, pour le point 2., faudra assurer question pognon, hein ! Mais non, pitié, ma fortune pour que les gens qui m'aiment et que j'aime soient heureux lors de mon passage d'une vie dans l'autre... Qu'ils gardent à tout jamais un bon souvenir, jusqu'au bout, de ce que je fus.
Drôle d'avoir envie de sortir tout ça sur un carnet virtuel... Moi qui en plus n'aime pas trop parler de quelque chose qui me fait peur (ben oui... c'est que j'aime vraiment bien vivre, moi ; même si c'est pas toujours rose, même si le monde est plein d'emmerdeurs qui vous gachent plein de bons moments, et de moments tout court, même si j'ai parfois envie de hurler en regardant les injustices partout autour de moi. Restent les fleurs, le vent, la mer, le soleil, l'amour, le rire, le petit matin, le soleil couchant, mon petit garçon gentil et marrant, la bonne bouffe, le bon vin, un oiseau dans le bleu du ciel, et tout ça tout ça qui font que vivre c'est trop de la chance !).
Fallait que ça sorte. C'était trop moche ce matin. Et je sais que ça va arriver encore et encore (on rajeunit pas, hein...). Et ça me fout les boules rien qu'à y penser (je suis très égoïste : je voudrais parfois être dans une bulle anti-souffrance où rien ne me toucherait qui fait mal).
Mon petit journal, j'espère revenir vers toi dans de meilleures dispositions, franchement plus positives, franchement plus marrantes, car telle est ma vraie nature, un peu cassée ces moments-ci par des épreuves de toute sorte que je digère de plus en plus mal et dont je ne vois pas la fin.
Seul l'humour peut sauver la face du monde.
J'espère que j'en garderai le sens toute ma vie, quoi qu'il advienne, envers et contre tout.
Allez, je me sens vide.... Je vais prendre l'apéro.
SANTE !

La grenouille ad vitam aeternam !
