lundi 3 décembre 2007

Un jour comme un autre ... sur la Terre



Le soleil se lève sur Limont.

Il est bientôt 9 h. Je suis debout depuis déjà 3 h., seule dans ma petite maison au creux de ce petit village sans histoire, devant mon écran et dans la lumière de ma véranda. Un vol épais de corbeaux croassants tache l'horizon de volutes noires, l'espace de quelques secondes. Le chant des autres oiseaux m'environne, le ciel mi-figue, mi-raisin laisse présager une journée en mode automne.

Je me laisse aller à observer le joyeux ram-dam de ces petits trublions ailés, jamais au repos, sans lesquels le monde serait, ma foi, bien triste et silencieux. Le silence n'est précieux que lorsqu'on le sait éphémère... s'il devait s'éterniser, il deviendrait mortel.

Je n'ai plus écrit depuis longtemps. Ecrire demande une impulsion, présente aujourd'hui après avoir laissé mon esprit au repos, sans inspiration. Vide intellectuel... vide tout court.


Mon regard s'attarde sur le grand bouleau en face de moi, arbre à l'écorce blanche et aux branches effeuillées ; je l'imagine saupoudré de neige et de givre brillant, ornement naturel laissant présager Noël et ses lumières... mais il ne l'a plus été depuis longtemps ! Il dessine dans un fond gris bleu une chevelure tourmentée de vieillarde excentrique.

Le chat de mon voisin se glisse le long de mes fenêtres : le bien-nommé Patapouf, chasseur émérite et véritable envahisseur pour tout qui a le malheur d'un jour succomber à son charme et lui offre une gâterie ! Les chats et les pigeons ont en commun cette extraordinaire faculté d'adaptation qui maintiendra leur race dans l'immortalité ! Patapouf, quand tu miaules, tu me fends le coeur... petit félin, seul animal domestique/sauvage, qui sait si bien osciller entre ronron-genoux (Bon Dieu sans confession...) et massacre-souris (jeu cruel et impitoyable), qui peut traduire l'éclat ocre de tes yeux-mystère ? Chat-à-l-ame-insondable. Séduisant animal au charme féminin qui sait de la volupté faire son essentiel.

La période des "fêtes" approche... Autant je l'ai aimée, autant à présent elle m'agace. Toute cette futilité, cette recherche de l'inutile et du clinquant facile me hérisse. L'esprit de Noël, ce ne devrait pas être ces gens qui courent dans les magasins, en sortent les caddies gonflés de choses dont le prix est inversément proportionnel à leur nécessité, et passent indifférents sur les pieds de quelques moins bien lottis la main tendue, mais sans espoir de recevoir le moindre cent de ceux-là qui en ont dépensé tant pour rien ou si peu...

Et un peu plus tard, ça recommence... La Saint-Sylvestre, paillettes et cotillons, champagne et foie gras, pour fêter quoi ? Une "nouvelle" année qui ne sera probablement pas différente de la précédente, peut-être pire, rarement mieux... fêter le temps qui passe.... quelle dérision. A votre ...santé !

Je me sens un peu triste ... l'avenir ne présente pas trop d'ouvertures agréables ; les perspectives portent un peu au pessimisme. Le tunnel est long, la lumière tarde à venir, l'obscurité s'est installée dans ma rétine... ce devrait donc aboutir à un futur éblouissement total ! Mais à quand de festives retrouvailles avec mon enthousiasme d'antan, que tant de heurs ont fait chuter, mais qui n'aspire qu'à se relever. Il suffirait d'une main tendue, d'un regard vers le haut, d'un de ces petits miracles qui vous touchent au moment où l'on s'y attend le moins et qui font basculer l'existence dans une dimension à laquelle on n'osait plus croire. Seule la foi peut sauver. Croyons, donc, inexorablement, en un mieux, tant que la vie nous anime et que l'humain arrive encore à nous émouvoir. Fi des phrases toutes faites : après la pluie vient le beau temps. Certains tiendront leur parapluie ouvert jusqu'à la tombe ; mais il est vrai que rares sont ceux chez qui le soleil ne se couche jamais. Dieu, Destin, Chance, Malchance... nous sommes les pièces d'un jeu de hasard dont nous subissons les règles aveugles à l'infini...
Bien présomptueux me paraissent ceux qui croient tenir les rênes d'une vie soumise à bien trop d'aléas pour être prévisible... Ne dit-on pas : l'homme fait des projets, et Dieu rigole... ?


Cher Dieu, comme je voudrais que Tu daignes parfois Te pencher sur cet Univers que Tes fils font tout pour gâcher... Tiendrais-tu dans Ta main un chronomètre de millions d'années destiné à calculer exactement ce qu'il faudra à Ta créature pour tout foutre en l'air, tout en écrivant Tes mémoires au titre évocateur : Création et Destruction - Mode d'emploi ???

Mais non... arrête, ma p'tite Grenouille, tu perds espoir bêtement, alors qu'en regardant bien tout autour de toi, ma vieille, après avoir fermé la lucarne aux mauvaises nouvelles et les feuilles noircies d'écritures négatives, tu verras exploser la grandeur de l'Homme, sa beauté, son extraordinarité, .... Oui, arrête ! Il faut voir les choses comme elles sont : le bien ne peut exister sans le mal, le beau sans le laid, le triste sans le gai. Tout est complémentaire ; tous les contraires s'attirent et se touchent dans une explosion atomique de contradictions diverses qui font l'humanité, splendide et misérable à la fois. Merci Seigneur, de nous avoir fait tels que nous sommes : c'est parfait ! Puisse l'aventure durer longtemps encore.

Et quelques états d'âme plus loin, je m'étire devant mon écran, les yeux un peu fatigués, l'envie de me dégourdir les jambes ankylosées d'être restées trop longtemps dans une position qu'elles apprécient, certes, mais ne doit pas être permanente ! Je m'en vais donc vaquer à quelques occupations quelque peu plus terre-à-terre que l'évocation sur ce blog de mes pensées fugitives et ô combien banales... mais dont j'éprouvais un irrépressible besoin d'étaler la substance.



A toi qui, passant par là, a eu la patience de me lire, merci pour ton indulgence ! Que la Force soit avec toi au quotidien !

Fidèlement vôtre,
La Grenouille (qui n'a encore rien foutu chez elle...)

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